"Les gars, c'est quoi votre message ?"

"C'est quoi votre identité ?"

"Vous avez rien à raconter, c'est pour ça que ça marche pas."

Jean-Louis, le premier manager de mon groupe, nous critiquait toujours. Il se plaignait de notre manque de message et d'identité. Il disait souvent : "Vous avez rien d'intéressant à dire car tout est facile pour vous."

Lorsqu'on a cessé de travailler avec lui, il a conclu qu'on était en désarroi artistique. Deux jours avant notre dernière rencontre, il m'a carrément lâché : "toi…, t'es un ptit con".

C'était il y a 15 ans. Pourtant, malgré tout, je repense souvent à lui. Il avait raison sur certains points.

Notre problème ? On ne comprenait pas notre propre histoire. On pensait que notre musique parlait d'elle-même. Mais ce n'était pas suffisant.

Si tu te poses la question "pourquoi je fais de la musique ?", ce qui suit est pour toi. Pas une recette miracle, pas un framework à 12 étapes. Juste un chemin honnête pour aller chercher ton "why" — et apprendre à le partager.

"Pourquoi faire de la musique" : la question que personne ne se pose vraiment

On démarre tous pareil. On aime la musique, on en fait. On compose, on enregistre, on poste. Et un jour, on se retrouve devant son écran à se demander pourquoi personne n'écoute, pourquoi ça ne décolle pas, pourquoi on n'arrive pas à parler de soi sans avoir l'air d'un robot.

La réponse n'est presque jamais technique. Elle est en amont. Comme le rappelle le média iMusician, il existe de nombreuses raisons pour lesquelles les musiciens créent, et la plupart du temps c'est une combinaison de plusieurs aspects — la passion, le besoin de transmettre qui on est, parfois même un usage thérapeutique pour la santé mentale, ou simplement le sentiment d'appartenir à une communauté.

Le problème, c'est que la majorité des artistes ne s'arrêtent jamais pour identifier laquelle de ces raisons est la leur. On enchaîne les sorties sans avoir pris 30 minutes pour poser la base : pourquoi je fais ça, moi, en vrai ?

Ce n'est pas une question philo, c'est une question stratégique

Le "why" d'un artiste, ce n'est pas un truc abstrait à coller sur un mur. C'est ce qui te permet d'écrire ta bio Instagram sans bug, de structurer ton EPK sans copier celui d'un autre, de raconter une histoire dans tes captions, de faire des choix esthétiques cohérents.

Sans "why" clair, tu navigues à vue. Et ça se voit.

Le piège du "ma musique parle d'elle-même"

C'est l'erreur exacte qu'on a commise avec mon groupe. On pensait que les morceaux suffisaient. Que si quelqu'un mettait le casque, il comprendrait.

Sauf que dans la vraie vie, personne ne met le casque sans contexte. Les gens consomment ta musique au milieu de 100 000 autres titres, en scrollant, en doutant, en ayant déjà oublié ton nom 3 secondes après. Si tu ne leur donnes pas une raison de t'écouter — une histoire, un message, une identité — ils passent.

Comme le souligne Guil's Records, l'identité artistique et visuelle n'est pas un bonus marketing. C'est ce qui rend ta musique reconnaissable au milieu du flot.

L'histoire qu'on n'osait pas raconter

Jean-Louis nous traitait de "petits bourgeois épargnés par la vie". Il se trompait. On n'était pas les bourgeois qu'il croyait. En fait, on s'était retrouvés grâce à nos milieux familiaux difficiles.

On était une deuxième famille les uns pour les autres, unis par la musique.

Ce "pourquoi" derrière notre groupe, c'était ce qu'on avait manqué de partager avec notre public.

On avait l'histoire. On ne l'a juste jamais racontée.

C'est ça qui m'a marqué. Pas le talent, pas la prod, pas le buzz qu'on n'a pas eu. Ce silence sur ce qui nous tenait debout. Et c'est exactement ce que je vois chez la majorité des artistes que j'accompagne : ils ont une histoire, parfois énorme, et ils ne la racontent jamais.

Comment trouver ton "pourquoi" d'artiste (sans bullshit)

Pas de framework propre. Juste des questions à te poser jusqu'à ce que ça gratte un peu.

1. Pourquoi tu as commencé ?

Pas la réponse Instagram. La vraie. Qu'est-ce qui s'est passé dans ta vie qui a fait que la musique est devenue un truc important, voire vital ? Une rencontre ? Un moment seul dans ta chambre ? Une douleur ? Une fuite ? Une émotion qui n'avait pas d'autre sortie ?

2. Qu'est-ce qui te traverse quand tu composes ?

Sans filtrer. Tu écris sur quoi quand tu n'as personne pour te lire ? Ce sont souvent ces thèmes-là qui définissent ton territoire — pas ceux que tu juges "vendeurs".

3. Qu'est-ce que tu veux que ton auditeur ressente ?

Pas "qu'il like". Qu'il ressente quoi ? Du calme ? De la rage ? Un sentiment d'appartenance ? La permission de pleurer ? L'envie de danser à 4h du mat ? Ta réponse oriente tout — du choix des prods aux visuels en passant par tes lieux de concerts.

4. Qu'est-ce que tu ne dirais qu'à un ami proche ?

C'est souvent là que se cache ton "why". Dans ce que tu n'oses pas dire en public parce que c'est trop perso, trop banal à tes yeux, ou trop "pas pro". Spoiler : c'est exactement ce que ton public veut entendre.

5. Qu'est-ce que tu veux que les gens disent de toi quand t'es pas là ?

Pas "il est talentueux". Quelque chose de précis, qui te ressemble. C'est ton positionnement.

Comme le rappelle le média iMusician, parfois les artistes perdent leur motivation ou questionnent leurs objectifs — ce qui aide à ce moment-là, c'est de réfléchir à ses intentions de musicien pour (re)découvrir ses raisons de faire de la musique. Ces questions ne sont pas un luxe : c'est l'entretien régulier.

Le "why" se partage, sinon il ne sert à rien

Trouver ton pourquoi, c'est l'étape 1. L'étape 2 — celle que la majorité ne fait pas — c'est le partager.

Ça veut dire :

  • L'écrire noir sur blanc quelque part (un doc, une note, peu importe)
  • Le traduire en bio, en pitch, en captions, en storytelling
  • Le rendre visible dans tes choix esthétiques
  • L'assumer même quand t'as l'impression que c'est "trop perso"

Sans cette étape, ton "why" reste dans ta tête. Et personne ne l'entend.

Ce que j'ai vu chez les artistes qui ont décollé

Je pense à Anne Carleton, qui m'a écrit après notre travail ensemble : "J'ai énormément apprécié revenir aux fondamentaux : qui suis-je en tant qu'artiste, pourquoi le suis-je devenue et qui je souhaite toucher…?"

À Indiana Colson, qui résumait : "Cette formation m'a apporté une profonde compréhension du fonctionnement du marketing musical, ce qui va, dès aujourd'hui, donner de la visibilité à mon art."

À Anne qui rêvait que sa musique soit entendue au-delà de son entourage proche et qui m'a écrit : "Concrètement, en un mois, j'ai fait 20 000 streams sur Spotify, alleluia :)"

À HALLE92, qui se prenait la tête sur la perfection par peur de décevoir : "J'ai compris qu'il n'y a pas de vidéo parfaite et que je me faisais une montagne de rien et surtout… qu'il faut se lancer !"

Le point commun, ce n'est ni le style, ni le niveau de départ, ni le budget. C'est le moment où ils ont arrêté de jouer aux artistes "comme il faut" et commencé à partager leur histoire.

Pourquoi le "why" est aussi un antidote au découragement

Quand tu as un pourquoi clair, tu encaisses mieux les phases vides. Les sorties qui ne décollent pas, les chiffres qui stagnent, les retours froids. Le site Ouimusique parle d'ailleurs explicitement des "tueurs de motivation du musicien" — la perte de sens en fait partie. Sans ancrage, le moindre échec devient une remise en question totale.

Avec un "why" solide, tu sais pourquoi tu continues même quand la métrique est moche. C'est ce qui te permet de gérer le syndrome de l'imposteur et de rebondir après un coup de mou.

Concrètement, par où commencer cette semaine ?

Pas besoin de tout réinventer. Tu peux démarrer simple :

  1. Bloque 1h, seul, sans téléphone. Réponds aux 5 questions plus haut, à l'écrit.
  2. Identifie 1 phrase qui te résume — pas un slogan marketing, une vraie phrase.
  3. Repasse ta bio Instagram et ton EPK avec cette phrase en tête : est-ce qu'on la sent ?
  4. Sur tes 3 prochains posts, raconte un bout de ton "pourquoi". Pas tout d'un coup. Une couche à la fois.

Et observe. Tu verras que tes captions deviennent plus faciles à écrire, que tes choix esthétiques se simplifient, et que les retours changent de nature. Les gens ne te disent plus juste "j'aime bien", ils te disent ce qu'ils ressentent.

FAQ — Pourquoi faire de la musique

Pourquoi je fais de la musique si personne n'écoute ?

Parce que la raison pour laquelle tu fais de la musique n'a pas à dépendre des écoutes. La visibilité est un sujet stratégique (storytelling, plan de promo, distribution), pas une preuve que ta démarche est légitime. Si tes streams ne décollent pas, le problème est rarement la musique elle-même.

Comment trouver son "why" quand on ne sait pas par où commencer ?

Réponds par écrit à : pourquoi j'ai commencé ? Sur quoi je compose quand personne ne regarde ? Qu'est-ce que je veux que mon auditeur ressente ? Ce sont les 3 questions qui font le 80% du boulot. Tu n'es pas obligé de trouver une réponse parfaite — une réponse honnête suffit.

Est-ce qu'il faut avoir vécu un truc difficile pour avoir un "pourquoi" intéressant ?

Non. Jean-Louis nous reprochait d'être "épargnés par la vie" — il avait tort. Tout le monde a une histoire. Ce qui compte, ce n'est pas la dureté de ton vécu, c'est ton honnêteté à le raconter. Une vie "normale" racontée avec sincérité touche plus qu'une vie de roman racontée avec posture.

Comment partager son "pourquoi" sans tomber dans l'impudeur ?

En partageant des morceaux, pas tout. Ton "why" se diffuse petit à petit : une caption, une anecdote, un choix visuel. Tu n'as pas à tout déballer d'un coup. La règle simple : si tu peux le dire à un ami, tu peux le poster.

Mon "pourquoi" peut-il évoluer ?

Oui, et il évoluera. À 20 ans tu fais de la musique pour des raisons différentes qu'à 30 ou 40. Le pire serait de figer ton "why" dans le marbre. Refais l'exercice tous les 12-18 mois.

Comment savoir si mon "pourquoi" est assez fort ?

Test simple : est-ce qu'il tient debout les jours où rien ne marche ? Si oui, c'est solide. Si tu n'as envie de continuer que les jours où les chiffres sont bons, tu n'as pas encore trouvé ton vrai pourquoi.

Est-ce que travailler son "why" remplace le travail marketing ?

Non, mais ça le rend possible. Un bon plan de promotion sans message clair, c'est de l'énergie cramée. À l'inverse, un message clair sans stratégie de diffusion reste invisible. Tu as besoin des deux. Le "why" vient en premier parce qu'il oriente tout le reste.

Et maintenant ?

Si tu te sens prêt.e à plonger dans l'univers de ta propre création artistique, à définir clairement ton message et à te connecter véritablement avec ton public, on peut en parler ensemble. 30 min de coaching offert, sans engagement.

C'est un moment pour toi, pour ta passion, pour ta voix unique.